Nous sommes tous des screenagers

Tous screenagers, Bouchra Carlier Accenture Research

Tablettes, smartphones, ordinateurs, TV, console de jeux… l’ère du numérique est d’abord l’ère du multi-écrans. En termes d’usages, nous entrons dans un cycle de maturité digitale du consommateur ; si bien qu’aujourd’hui l’on peut parler de « screenagers ». Multi-connectés, les individus ont aujourd’hui intégré l’écran à leurs modes de vies. Pourtant, comme le souligne l’étude « Nous sommes tous des screenagers », les entreprises tardent encore à prendre toute la mesure de ce phénomène. Comment générer de la valeur grâce à cette évolution digitale majeure ?

L’omniprésence de l’écran

Un, deux, trois voire quatre ou cinq. Tel est le nombre d’écrans auxquels nous sommes tous connectés en permanence de nos jours. Avec le développement des équipements connectés et des réseaux, nos usages ont pris une autre dimension dont nous ne mesurons pas encore les impacts sur notre économie. Auparavant réservé au travail ou à certains loisirs (TV, jeux vidéo…), l’écran est aujourd’hui omniprésent : travailler, lire, écouter de la musique, téléphoner, regarder la télévision, acheter, vendre, gérer sa maison, son usine, sa voiture, sa sécurité, s’orienter, garder le contact avec ses amis, étudier, soigner, etc. la liste est longue et ne fait que commencer. Du multi-écran on passe au multi-usage et au multi-fonction.

Changer de point de vue sur le Screenager

Tous des screenagers, donc. L’étude vient désavouer certaines idées reçues. Par exemple : mettre en perspective le degré de connectivité de l’individu par rapport à son âge n’a plus de sens aujourd’hui. Ainsi, 40 % des 24-54 ans combinent tablette, PC et smartphone ; et quel que soit leur âge, 87 % regarde la télévision tout en utilisant simultanément un deuxième device. On note aussi que 68 % des 14-17 ans envisagent d’acheter une smartwatch dans les cinq ans à venir !
Des individus donc très connectés… et cela ne concerne pas uniquement les millennials ! Aujourd’hui l’état de maturité digitale est un phénomène dont l’âge n’est plus une variable discriminante et qui s’inscrit dans une autre manière de vivre et de se connecter. Installée dans nos modes de vies, cette multiplicité des écrans permet également aux individus de développer de nouvelles habitudes : le multitâche.

Un tableau idyllique ? Probablement pas. Car il y a un « mais ».

Maturité digitale = exigences plus fortes

Ce « mais », c’est la frustration qui est ressentie face à la complexité d’utilisation de la technologie existante. Ainsi, 83 % des consommateurs disent éprouver des difficultés à utiliser ces nouveaux équipements intelligents. S’ajoute à cela que la promesse du ‘’toujours connecté, partout’’ n’est pas encore ressentie comme une réalité pour la majorité des consommateurs. Enfin, 83 % des consommateurs disent être gênés par les interruptions de programme TV qu’ils expérimentent régulièrement et qui sont dues à une bande passante insuffisamment puissante. En clair, les attentes sont devenues plus exigeantes en même temps que grimpait le niveau de maturité des consommateurs. La maturité digitale diminue la tolérance aux défauts et exige une expérience de qualité, d’« usabilité » et « sans couture ».

Comment monétiser ces nouveaux usages ?

Pour les entreprises, ce « screenaging » apporte des perspectives nouvelles : nouveaux services, nouveaux clients et nouvelles sources de revenus. Pour une large part, ce défi reste encore à relever. Même si la multiplication des devices ainsi que le multitasking digital sont devenus des phénomènes avérés, ces évolutions ne se sont pas encore transformées en nouveaux services. En bref, à quelques exceptions près, la monétisation de cette tendance de fond est plus un espoir qu’une réalité.  Par exemple, pour aborder la multiplicité des écrans, les diffuseurs et chaines de télévision suivent dans la plupart des cas la logique de l’accès doublé — proposer l’accès au même programme sur un second écran — dans le but de fidéliser leur clientèle et de contrer les nouveaux entrants, là où il faudrait sans doute raisonner en termes de « complément » : proposer un dispositif au sein duquel chaque équipement a sa propre valeur ajoutée et se trouve en capacité de générer des revenus propres.

Une stratégie holistique de la monétisation des nouveaux usages reste encore à définir pour la plupart des acteurs présents dans l’écosystème. Pour les entreprises de média (je prends ce secteur comme exemple), cela suppose d’imaginer des nouveaux services en partant : 1- des usages actuels ; 2- des contraintes technologiques, de mobilité et de comportements (parfois culturelles); 3-des souhaits des consommateurs ; 4- au-delà du pragmatisme, enchanter le réel pour créer le désir.

Pour enchanter le réel, cela suppose une combinaison:  1- des services innovants, 2- dans un contexte en particulier (customisation des services selon les usages, le lieu et la technologie) et 3-une capacité d’analyse des usages en temps réel. Cette combinaison est indispensable pour fidéliser et capturer de nouveaux utilisateurs et pour augmenter les revenus par client.

Tous screenagers, Bouchra Carlier, Accenture Research

 

Important point pour terminer, une stratégie holistique suppose aussi une prise en considération de la convergence des métiers et des services, désormais il faudra construire des ponts entre les métiers et des partenariats stratégiques pour créer de la valeur à partir des nouveaux usages.

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*Issue de la Digital Consumer Survey 2015 réalisée par Accenture.

L’étude Digital Consumer Survey 2015 a été réalisée par Accenture pour les entreprises des secteurs de la communication, des médias et des technologies. L’étude a été conduite entre octobre et novembre 2014 auprès de 24.000 consommateurs dans 24 pays différents : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Saoudite, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, Emirats Arabes Unis, Espagne, Etats-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Pays-Bas, Pologne, République Tchèque, Royaume-Uni, Russie, Suède et Turquie.