Qui inventera les services connectés de demain ?

Qui inventera les services connectés de demain ? Screenagers, IoT et objets connectés

Ceux qui ont visité ou participé au Mobile World Congress cette année diraient que la réalité virtuelle est la prochaine technologie clé. Effectivement beaucoup d’annonces et de démonstrations cette année encore… Cependant, il reste encore à convaincre les consommateurs de la valeur d’usage de ces nouvelles technologies. Avec la banalisation des équipements connectés — smartphones et tablettes tout particulièrement — un autre cycle industriel doit s’ouvrir. Il sera nécessairement dédié aux services à valeur ajoutée, lesquels font l’objet d’une attente pressante de la part des consommateurs. Equipementiers, opérateurs des télécommunications et acteurs industriels classiques commencent à placer leurs pions pour investir le marché encore naissant des objets connectés.

Un jeu très ouvert

C’est une certitude : nous sommes entrés dans l’ère du multi-écrans. Et toutes les générations sont concernées. Toutefois, les marques tardent encore à prendre toute la mesure de ce phénomène, comme l’indique une étude Accenture* ; dont les conclusions sont parues dans l’article « Nous sommes tous des screenagers ».

Quelles sont donc les opportunités que recèle ce monde connecté ? Le jeu est très ouvert pour les marques et chacun des acteurs du digital est aujourd’hui en capacité de se positionner pour créer de nouveaux usages et prendre le lead, en particulier en matière d’objets connectés.

Qu’il s’agisse de smartwatches, de systèmes de divertissement embarqués, de dispositifs mobiles de santé  ou encore de systèmes de surveillance domotique, pour ne citer que quelques exemples, la montée en puissance des objets connectés décuple les perspectives pour les fournisseurs de services. En permanence, de nouveaux services et nouvelles entreprises voient le jour. La nécessaire convergence entre ces acteurs est en train de redéfinir la chaîne de valeur traditionnelle et de transformer les business models. Comment chacun peut-il se positionner ? C’est toute la question. Une question à laquelle il est impératif de répondre maintenant.

 

Les équipements existent, mais les services ?

Un chiffre circule fréquemment : il devrait y avoir 34 milliards d’objets connectés dans le monde en 2020. Nous en sommes aujourd’hui à plus de 10 milliards selon BI Intelligence. Chacun de nous le constate au quotidien : nous sommes de plus en plus entourés d’objets connectés. Les équipements existent, c’est un fait. Seulement, l’offre de services associés n’est pas lisible. Lorsqu’ils existent, ces services sont le plus souvent dispersés, avec peu d’interaction entre eux, ou d’intégration et n’offrent donc pas une expérience de valeur, simple et sans couture. Or toutes les enquêtes montrent que le consommateur, le fameux screenager, accepte de moins en moins les défauts dans le service rendu (problème de réseau, faiblesse de connexion, etc.) et, surtout, 51% d’entre eux serait prêt à payer pour accéder à des services à valeur ajoutée.

Qui se positionne actuellement face au consommateur ? Essentiellement deux catégories d’entreprises : les fournisseurs de services et les fabricants d’équipements. Si le marché ne rebondit pas, ces deux acteurs vont très vite expérimenter les difficultés inhérentes à la fin d’un cycle. Ils interviennent en effet sur un marché qui se banalise : les services actuels (Internet mobile, appels visio…) sont devenus une commodité. Parallèlement, le consommateur arrive lui aussi au bout d’un cycle. Il y a encore deux ans, il était en phase de découverte des smartphones et des tablettes. Il attend désormais du service à valeur ajoutée autour de ces équipements. Et cela se constate notamment par le ralentissement des ventes de smartphones depuis deux ans, selon les analyses d’IDC la croissance du marché des smartphones tombe au-dessous de 10% pour la première fois. Le marché est arrivé à maturité et les consommateurs attendent désormais autre chose.

Qui inventera les services connectés de demain ? Screenagers, IoT et objets connectés

 

L’imagination au pouvoir

Pour créer un nouveau souffle, les opérateurs doivent relever le défi de la créativité. La période est particulièrement opportune : avec l’IoT émerge la possibilité de créer une offre de services totalement inédite à ce jour. En effet, l’IoT inaugure une nouvelle ère technologique dont la sophistication ouvre de très larges horizons. Ce n’est pas l’équipement qu’il faut mette en avant mais ce que l’on va en faire. Les solutions qui en découleront sont à imaginer aujourd’hui. L’IoT est prometteur, mais il faut être en capacité d’en imaginer les usages, mais aussi de les faciliter. Je dirai qu’il faut enchanter les objets et les services. Ce sont toutes les fonctions de l’entreprise qui doivent s’engager dans ce défi : marketing, digital, technologies et design…

Qui inventera les services connectés de demain ? Screenagers, IoT et objets connectés

 

Comment se positionnent les fournisseurs de services et les fabricants d’équipements ?

Toute la question est de savoir qui va pouvoir relever ce défi. Le marché est effectivement fragmenté et aucun leader ne se profile réellement, alors que l’IT requiert une approche partenariale. Certes les opérateurs en télécommunications et les équipementiers sont de probables futurs acteurs majeurs de l’IoT du fait de leur activité respective. Mais leur développement potentiel dans ce domaine est lié à de nombreux facteurs. Ainsi, comment les telcos et les équipementiers peuvent-ils entrer en cohérence ? Quels partenariats peuvent-ils mettre en œuvre ? Une certitude : le développement de services à valeur ajoutée repose nécessairement sur un réseau de qualité, intelligent et sécurisé. Ce réseau est entre les mains des opérateurs télécoms, dont l’une des caractéristiques est aussi d’entretenir une relation directe avec les consommateurs. Et, du reste, qu’en pensent ces derniers ? En termes de préférence et de légitimité, toutefois, ce sont les équipementiers high tech que les consommateurs citent en premier sur ces services (surveillance domotique, véhicules connectés, smartwatch, santé), devant les opérateurs télécoms.

On peut émettre l’idée que ces deux catégories d’acteurs peuvent très bien travailler ensemble pour offrir des services « plus ». Il y a déjà des partenariats de ce type qui se mettent en place. Je pense par exemple à Telefonica et Samsung pour offrir une solution autour de l’Internet des objets, ou encore Microsoft avec Toshiba. Ces rapprochements sont inéluctables car, sans apport de services nouveaux, leur baisse de revenus est certaine. De nombreux intervenants vont vouloir entrer sur ce terrain de jeu. Même s’il n’y a pas encore de services réellement aboutis, c’est en cours de construction. En ce sens, c’est aussi la plateforme du futur qu’il faut imaginer, celle qui sera à même de centraliser tous ces services.

 

Beaucoup de questions encore sans réponse

Cette co-construction pose toutefois beaucoup de questions, qui n’ont pas encore toutes leurs réponses. Ainsi, pour que les objets communiquent il faut définir un langage commun, un écosystème étendu non seulement aux multiples partenaires industriels et de services mais aussi aux usagers. Les problèmes de standards, d’interopérabilité des équipements, de réseaux fiables et sécurisés, de business models favorables aux multiples partenaires restent encore à régler. L’accès à de nouveaux services doit également être pensé : comment le consommateur va-t-il gérer ses services ? Ne faut-il pas créer un nouveau type de plateforme flexible ?

La question des données est tout aussi cruciale. Qui va les détenir ? Comment prendre en compte les restrictions réglementaires qui existent dans certains pays ? Idem avec le partage de revenus. Comment l’organiser ? Quel principe de facturation mettre en place ? Et en amont, qui investit ? De quelle façon équilibrer les co-investissements ? On peut imaginer que l’opérateur télécoms, qui détient la relation directe avec le consommateur, puisse redistribuer ensuite les revenus aux différents acteurs de la chaine. Mais c’est sans compter avec les autres catégories d’acteurs comme les GAFA et les NATU, ou encore les constructeurs automobiles pour la voiture connectée. Et, avec elle, les assureurs, qui pourraient se positionner aussi. Bref, les lignes sont en train de bouger de façon spectaculaire. Chaque catégorie d’acteurs avance ses pions dans le domaine des objets connectés. Il est évident que nous reparlerons de ce sujet très bientôt.

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*Etude Accenture Digital Consumer Survey

A l’attention des entreprises des secteurs de la communication, des medias et des technologies associées, l’étude Digital Consumer Survey a été menée entre octobre et novembre 2014 auprès de 24.000 consommateurs dans 24 pays : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Saoudite, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, Emirats Arabes Unis, Espagne, Etats-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Pays-Bas, Pologne, République Tchèque, Royaume-Uni, Russie, Suède, Turquie. L’échantillon dans chaque pays est représentatif de la population connectée, avec des répondants âgés de 14 à plus de 55 ans. L’enquête questionnait les répondants sur leurs usages, leurs comportements et leurs attentes par rapport à l’acquisition d’équipements connectés, la consommation de contenus, les contraintes de bande-passante, la confiance numérique et l’internet des objets.