Quel business model pour une économie féminine du numérique ?

Soyons-en certains : l’économie du numérique, et en particulier de la téléphonie mobile, ont tout à gagner à miser sur les femmes, sources à la fois de nouveaux business et de diversité des compétences. En serez-vous convaincus après la lecture de ce billet ?

Dans le contexte de la Journée internationale de la femme en mars 2015, de nombreuses études ont vu le jour ces dernières semaines sur le rôle de la femme dans le développement de l’économie numérique. L’une d’elles en particulier a attiré toute mon attention. Présentée au « Connected Women Summit » à Barcelone, cette étude menée par Altaï Consulting et AT Kearney investit le champ de « l’économie féminine du mobile ». En substance, elle évalue à 1,7 milliard le nombre de femmes dans le monde — tout particulièrement dans les pays à faible pouvoir d’achat — qui ne possède pas de téléphone mobile et, de fait, qui n’accèdent pas à la connectivité ni à l’usage des données. Ce chiffre spectaculaire se monétise de façon tout aussi étonnante : on évalue à 170 milliards de dollars sur 5 ans l’opportunité de marché que représente auprès des opérateurs cette non connectivité (accès à la téléphonie mobile et accès aux données).

Un marché gigantesque s’offre donc aux opérateurs mobiles. Mais comment l’adresser ? Venu témoigner à Barcelone, Rajiv Bawa, Chief Representative Officer de Telenor Groupe en Inde, a établi le portrait du business model que sa compagnie est actuellement en train de mettre en œuvre dans son pays. On sait en effet qu’en Inde, il est mal vu pour une femme de posséder un téléphone portable. Lancé à la mi 2014, ce modèle se base sur le principe suivant : lorsqu’un homme marié achète un téléphone mobile à Telenor Groupe, la compagnie offre un 2ème mobile à son épouse, ainsi qu’une carte SIM, avec une gratuité d’une année pour la connexion entre les deux mobiles (celui du mari et de son épouse, le premier pouvant alors joindre la seconde facilement). Il s’agit donc d’encourager les hommes  à équiper leurs femmes de portables et de faire le double pari suivant : après une année, une bonne partie d’entre eux se seront habitués à cet état de fait tandis que, dans la même période, les femmes équipées se seront « acculturées » et souhaiteront conserver leur téléphone. Au-delà de l’enjeu sociétal, c’est aussi un business model nouveau : l’accès gratuit au téléphone mobile, pour facturer ensuite la partie services.

Les témoignages de Hewlett-Packard et de Telefonica

Que ce soit l’étude Altaï Consulting ou le business model Telenor Groupe, l’un et l’autre démontrent que le sujet du genre peut être aussi un vecteur de croissance. Cette accélération de l’économie féminine du digital intéresse d’ailleurs tout autant les femmes que les hommes. Ainsi, toujours à Barcelone, plusieurs intervenants du Global Telecom Women’s Network (GTWN) ont  abordé cette question. Présidente et CEO de Hewlett-Packard, Meg Whitman a souligné la nécessité, pour les femmes souhaitant réussir dans l’industrie numérique, de développer leurs compétences en data analytics et codage. Et parallèlement, c’est un homme, José-Maria Alvarez-Pallette, CEO de Telefonica, qui a insisté au GTWN sur l’importance pour l’opérateur de promouvoir une très forte diversité de compétences et d’expériences au sein de sa force de travail, dans la perspective de devenir pleinement une entreprise digitale. Accueillir et former plus de femmes devient donc un véritable enjeu pour l’industrie des télécommunications. Et le fait que 63 % des diplômés dans le monde appartiennent au genre féminin devrait permettre de réduire l’écart entre la proportion encore existante d’hommes et de femmes dans les métiers techniques. Des perspectives plutôt encourageantes.