Comment faire décoller les objets connectés ?

Objets connectés : création d'idées et de valeur pour faire décoller l'usage

Le récent Mobile Word Congress était bien sur le thème « mobile is everything », nous avons bien vu et lu le buzz autour des objets connectés, mais pourtant il y a comme une frustration des consommateurs. Le marché de l’électronique grand public attend des innovations porteuses de proposition de valeur, non seulement en termes d’objets mais aussi de services et de business models. Alors comment capter l’intérêt des consommateurs ? Quels leviers est-il envisageable d’actionner ?

Smartphone, tablette, ordinateur portable, téléviseur… Les consommateurs sont déjà équipés, voire suréquipés. 80 % des sondés possèdent aujourd’hui un smartphone, c’est 25 points de plus qu’il y a seulement cinq ans selon l’étude « Igniting growth in consumer technology* », présentée au dernier CES et reprise au MWC. Et seuls 13 % des 28 000 consommateurs interrogés dans 28 pays prévoient d’augmenter leur dépense en matière d’équipement mobile, c’est 20 points de moins qu’en 2014. La tendance, déjà prégnante l’année passée, se précise : c’est la fin d’un cycle. Et l’édition 2016 du MWC vient conforter cette idée puisque les annonces de nouveaux smartphones se sont faites plus rares. Nous sommes déjà bien loin de la phase de découverte, et nous entrons dans l’ère de la très grande maturité de ce marché.

Donner un nouveau souffle aux équipements mobiles

Stars du MWC et du CES 2016, où 24 start-up françaises ont été récompensées, les objets connectés se compteront par dizaines de milliards d’ici 2020. Le nouveau cycle est donc celui des objets connectés… mais la promesse n’est pas au rendez-vous. L’adoption de ces nouveaux équipements par le plus grand nombre émerge à peine. Pour preuve, seuls 13 % des consommateurs prévoient d’acheter une smartwatch, et ils ne sont que 7 % à imaginer s’offrir un drone personnel.

Pourquoi ? D’après cette étude, 64% ont des difficultés à utiliser ces objets connectés, 62 % des sondés affirment que ces appareils sont trop chers, et 47 % s’inquiètent pour leur vie privée et la sécurité de leurs données. Mais le nœud du problème est ailleurs : il y a d’abord une véritable confusion, due aux nombres d’offres diverses et variées, et au manque de clarté quant à l’usage de ces équipements ; au-delà de la nouveauté. En bref, il manque une proposition de valeur lisible. Le succès fulgurant des premiers iPhone nous démontre que le prix n’est pas un frein si la proposition de valeur est claire.

Penser la proposition de valeur des objets connectés

  1. Imaginer l’usage. Aujourd’hui, les objets connectés font gadgets. La profusion d’offres ne permet pas de voir émerger un service à l’utilité évidente. Pourtant, l’objectif est bien de trouver l’équilibre parfait entre l’usage, le design, la facilité d’utilisation et le côté « glamour » du device. La valeur d’usage définit le produit et les services associés car nous sommes entrés dans un cycle de maturité donc d’exigence. Aujourd’hui les consommateurs demandent « plus » : plus de rêves, plus de services, plus de personnalisation, etc. Seule une connaissance fine de l’expérience utilisateur pourra donner naissance à des solutions à valeur ajoutée et 100 % personnalisables. L’avenir, c’est le sur-mesure.
  1. Valoriser les données. Aussi peu aboutie soit leur proposition de valeur actuelle, les objets connectés suscitent beaucoup d’attentes, notamment avec la possibilité de traiter et de valoriser le volume de données pour les transformer en données structurées, donc à valeur ajoutée. Ce sont ces informations, disponibles en quantité, qui permettront d’imaginer les services de demain et l’expérience utilisateur adaptée.
  1. Unifier les standards. A chaque fabricant sa technologie, à chaque technologie son langage. Il est nécessaire d’élaborer un tissu connectif permettant de standardiser les formats pour simplifier leur utilisation en nombre. Même si des efforts sont réalisés, cela reste encore un blocage important pour l’adoption des services.
  1. Co-créer. Pour y arriver, les acteurs de l’écosystème des objets connectés doivent coopérer pour mieux co-innover. Il s’agit donc d’adopter l’ « open innovation » et d’intégrer les différents acteurs de l’écosystème : équipementiers, fournisseurs de solutions, de réseaux, de contenus, designers… L’open innovation n’est pas un effet de mode mais une nécessité.
Graphique sur les objets connectés et la création de valeur

Si l’Internet des objets est déjà une réalité, nous attendons l’avènement de l’ère de « l’Internet of Me », avec une ultra personnalisation des appareils connectés, adaptés à chaque consommateur. L’objectif ne sera pas de « customiser » ces devices mais bien d’anticiper les besoins pour se concentrer sur une expérience utilisateur individualisée. Les experts en technologie de Google parlent de leur « responsabilité de comprendre l’intention unique derrière chaque connexion et d’y répondre avec justesse ». Voilà peut-être la clef, demain, de la compétitivité.

 

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Le B2B pour booster le B2C

Dans le B2B, la proposition de valeur est tout de suite plus claire. Des ouvriers de l’usine BMW de Spartanburg, aux Etats-Unis, ont ainsi testé les Google Glass pour leur contrôle qualité à la sortie des chaines de pré-série. L’intérêt est facile à démontrer, et c’est bien pour cela que Google s’est tourné vers le B2B avec ses Google Glass, changeant entièrement sa stratégie de départ. Faire entrer les objets connectés dans les entreprises ne permettra probablement pas d’évangéliser le marché et de convaincre le grand public. Mais cela peut être un laboratoire où auront lieu des avancées technologiques qui faciliteront, demain, la croissance en B2C.

Pour aller plus loin
« L’IoT ne décollera pas sans une réelle sécurisation des données », Laurent Donnay, Silicon.fr, 19/02/16

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*Issue de l’étude Digital Consumer Survey, Accenture 2016
La Digital Consumer Survey 2016 est une étude en ligne menée d’octobre à novembre 2015 auprès de 28 000 consommateurs de 28 pays : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Saoudite, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, Etats-Unis, Emirats Arabes Unis, Espagne, France, Hongrie, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Pays-Bas, Philippines, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Slovaquie, Suède et Turquie. L’échantillon dans chaque pays est représentatif de la population connectée, avec des répondants âgés de 14 à plus de 55 ans. L’enquête questionne les individus sur leurs perceptions des équipements connectés, des contenus et services associés, leurs habitudes d’achat, leurs préférences et la confiance vis-à-vis des fournisseurs de services et de leur future vie connectée.