L’Industrie 4.0 c’est bien, l’Industrie X.0 c’est mieux !

Industry X.0 - Jean Cabanes

L’Industrie 4.0 permet la digitalisation des capacités de production. Mais elle n’est pas une fin en soit, elle pose les bases d’une révolution industrielle plus grande : l’Industrie X.0. En effet, les anciens modèles économiques basés sur la commercialisation de produits physiques, seront bientôt complétés par la vente de résultats ou de services. Pour les entreprises industrielles, réussir ce virage passe d’abord par celui de la digitalisation.

Nous sommes entrés dans l’ère de l’économie du résultat (outcome economy). L’âge du produit, qui a dominé toute l’histoire industrielle, est sur le point d’être supplanté par l’âge du service et de l’expérience. Pour se faire une place, les entreprises industrielles devront progressivement adopter de nouveaux modèles économiques. À la fabrication et la commercialisation de produits physiques « muets » ou « inertes », à faible marge et destinés à des marchés de masse, elles préféreront la vente d’expériences ou de résultats, rendue possible grâce à des produits connectés et de plus en plus intelligents. Dans la prochaine décennie, lorsqu’émergera l’économie du sur-mesure (pull economy), les produits devenus alors hyper personnalisés seront exclusivement assemblés à la commande, au plus près du client.

La révolution X.0 a commencé

Cette nouvelle révolution industrielle, que nous appelons « Industrie X.0 », a débuté. De nouveaux modèles économiques, fondés sur la vente de résultats, en sont les premiers signes visibles.

Avec le concept « power by the hour » (motorisation à l’heure), les motoristes aéronautiques ont été parmi les pionniers de l’Économie du résultat. GE ne vend plus un moteur, mais un résultat : la garantie permanente d’un moteur en état de marche.

De la même façon, Michelin complète peu à peu la vente traditionnelle de pneus au profit d’une tarification au km, voire d’une assurance de réduire la consommation de carburant pour les poids lourds. Quant à certains constructeurs d’équipements électriques, ils se fondent sur la fiabilité de leurs produits pour vendre une garantie de baisse de la prime d’assurance incendie.

Une transition complexe

Cependant, de tels exemples demeurent isolés et sont encore loin de créer un système économique entièrement nouveau. Certes, les dirigeants d’entreprise ont largement conscience que l’économie du résultat sera bientôt la norme. Mais la complexité de la transition explique leur prudence.
Le rythme de l’innovation est tel qu’il n’est plus possible de distinguer les vagues technologiques qui se succèdent, se superposent et se combinent.
Qui plus est, le passage d’une économie du produit à une économie du résultat a de larges répercussions sur les flux de revenus et donc sur la trésorerie (passage d’un modèle de coûts CAPEX à un modèle OPEX).
Sans parler de la crainte, éprouvée par certains industriels, d’une cannibalisation de leurs produits et de leurs services par le lancement de leur propre plateforme digitale.

La solution : faire cohabiter le « Core » et le « New »

Dans cet univers de l’Industrie X.0, l’économie du résultat et l’économie du sur-mesure sont les « étoiles polaires » sur lesquelles il faut garder les yeux fixés. Elles désignent la voie à suivre. Cette dernière est étroite. Elle est encadrée par une triple exigence, dont les composantes sont étroitement liées :

  1. Digitaliser ses processus et améliorer l’efficacité du cœur de métier historique (le « Core »)
  2. Faire croître le « Core »
  3. Utiliser les nouvelles capacités financières pour investir plus et mieux dans l’innovation, et développer de nouveaux modèles économiques (le « New »).
Industrie X.0 - Industry X.0

Le principe est simple : en visant l’amélioration et la croissance de l’existant, la digitalisation dégagera des capacités financières pour investir et réinventer la relation client. Toute la subtilité est de trouver le bon dosage car le « Core » et le « New » devront cohabiter pendant encore quelques années. Pour autant, il n’est pas envisageable de jouer la montre. Continuer à ne se focaliser que sur les produits est un jeu dangereux à moyen terme : seules les entreprises industrielles en mesure d’offrir une expérience client unique, personnalisée et différenciante auront leur place dans l’économie du résultat.

La data, et son exploitation par l’analytics, et l’IA en sont les pierres angulaires : ces technologies permettent de créer des boucles de retours ultra-rapides et d’être informé en temps réel sur les utilisations des produits et des services, ouvrant ainsi la voie aux nouveaux modèles économiques, basés sur l’usage, comme, par exemple, la vente d’une capacité de transport à l’heure par un ascensoriste par exemple.

Le gisement de valeur du digital diffère fortement d’un secteur à un autre

Mais élaborer une stratégie digitale efficace nécessite d’abord de comprendre et d’identifier la valeur du digital pour en tirer le meilleur parti. Cette analyse est essentielle, d’autant que si le gisement du digital est considérable, il diffère fortement d’un secteur, ou d’une fonction, à l’autre. Une récente étude a clairement mis en évidence ces distorsions en termes d’amélioration d’EBE. Ainsi, dans l’automobile, les opérations internes et la gestion client renferment le plus gros potentiel. Pour les équipementiers industriels, il provient majoritairement de fonctions comme la R&D, la fabrication, la supply chain et l’après-vente, alors que le marketing est très prometteur dans le secteur des biens de grande consommation. Quant aux laboratoires pharmaceutiques, le potentiel de valeur est déjà dominé par les nouveaux business models.

En passant à l’industrie 4.0, les entreprises dégageront donc des ressources financières pour alimenter leur moteur d’innovation et inventer de nouveaux business models, basés sur des produits connectés et intelligents. Elles accompliront leurs premiers pas vers l’Industrie X.0.

 

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