L’Europe digitale sur la rampe de lancement ?

La Commission européenne vient de réaffirmer son ambition : créer un marché unique du numérique. Une chance pour la croissance et les emplois de demain, à condition d’anticiper quatre enjeux clés.

La Commission européenne semble avoir pris la mesure des changements en cours, en misant sur la transformation numérique et énergétique comme vecteurs d’une croissance réinventée. Saine attitude, quand on sait qu’un tiers de la hausse du PIB de l’Union européenne a été généré depuis 1995 par les technologies de l’information…

« Aujourd’hui encore, une entreprise européenne sur deux et un citoyen sur trois n’utilisent pas Internet », faisait pourtant remarquer Robert Madelin, directeur de DG Connect, lors d’un événement organisé par le cercle de réflexions Confrontations Europe. Il ne s’agit plus seulement de faire respecter la neutralité d’Internet face aux GAFA et NATU, les géants nord-américains de l’Internet, mais de créer les conditions de réussite à travers quatre axes essentiels.

1 – Un « contrat social » digital

Échaudés par les scandales des écoutes électroniques et les cyber piratages à grande échelle, les consommateurs citoyens ont besoin de retrouver la confiance. Dans l’économie de la connaissance favorisée par le numérique, il est essentiel de savoir à qui appartiennent les données, quels usages en sont faits, où et comment sont stockées et protégées ces informations. Face au risque d’une toute-puissance des plateformes Internet, la Commission européenne compte clarifier le droit applicable à l’économie digitale et rétablir une parité entre David (nous, citoyens européens) et Goliath (les GAFA – NATU). Cela se concrétise par des procédures pour faciliter le droit à l’oubli, limiter l’abus de position dominante dans l’e-commerce, ou encore lutter contre l’évasion fiscale pratiquée par ces entreprises.

2 – Nouveaux modèles, nouveaux acteurs

La Commission européenne ne peut pas tout mais elle peut beaucoup ! Sans créer un « Airbus du numérique », elle va peser de tout son poids pour équilibrer entre exigences réglementaires et promotion de l’innovation. Le digital n’est pas seulement un instrument d’efficacité, il fait émerger de nouveaux services et des modèles économiques innovants. L’Europe bénéficie d’une formation et d’une recherche en pointe. Reste à créer le cadre de marché (économique, juridique, fiscal) qui favorise l’essor de champions européens dans les plates-formes, l’économie du partage, les contenus, la sécurité, et facilite la digitalisation des  entreprises, quelles que soient leur taille et leur activité.

La Commission attire aussi l’attention des États membres sur leur responsabilité en la matière : 50 % du PIB de l’Union relèvent en effet de la sphère des services publics. Or, leur digitalisation est lente, du fait de moindres investissements dans les plates-formes électroniques destinées aux citoyens et aux entreprises (Government as a Service), et du retard des administrations dans la compréhension de ces enjeux.

3 – Métiers de demain

Quelles seront les conséquences sociales de la numérisation de l’économie ? Plusieurs dizaines de millions d’emploi sont concernés en Europe par la robotisation et l’automatisation via l’analytique, le cloud et l’Internet des objets.

La formation (initiale et continue) doit être repensée à l’échelle de cet enjeu social, dans des pays déjà minés par le chômage. La mutation de la Chine est impressionnante à cet égard : ce pays continent mise désormais sur le « Conçu en Chine » plutôt que le « Fabriqué en Chine » pour progresser dans la chaîne de valeur.

4 – Retours sur investissement (social)

« Il faut repenser l’organisation de l’économie en investissant sur les êtres : alors la vision européenne inventera un nouveau développement social qui fera rayonner notre continent dans le monde », affirmait Marcel Grignard, président de Confrontations Europe. Nous pouvons et devons soutenir cette « société de la convergence », qui travaille à la fois au développement économique, social et environnemental.

Pour passer de la volonté à l’action et évaluer le changement induit, des outils existent, à l’image de l’indicateur SROI. Là encore, reste à mettre en œuvre, à tous les échelons de la société, dans la sphère privée et publique, de telles démarches innovantes. Pour que l’Europe réussisse sa mutation numérique et en récolte les fruits.

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Marché unique du numérique : les priorités de la Commission européenne

  • Améliorer l’accès en ligne pour les consommateurs et les entreprises (cadre juridique du droit d’auteur, efficacité logistique, fiscalité).
  • Développer les services innovants et les réseaux numériques évolués (confiance, sécurité, plates-formes, droits de l’audiovisuel et des télécoms).
  • Ré-inventer le monde du travail (libre circulation des données, formation).
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