Le digital, instrument clé de la mutation de notre système de santé

E-Santé

En France, comme dans le reste du monde, le secteur de la santé fait face à de nombreux défis : le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques, la pression du déficit budgétaire sur les principaux acteurs du secteur, une hétérogénéité et diversité des acteurs de l’écosystème. Comment le numérique peut-il être un outil efficace pour supporter sa nécessaire transformation ?

En pleine mutation aux quatre coins de la planète, mais en particulier en France, le secteur de la santé a de nombreux défis à relever. Tout d’abord, ce dernier doit faire face au vieillissement de la population. Selon les estimations de l’Insee, un Français sur trois aura 60 ans ou plus en 2050, contre un sur cinq en 2005. Un constat qui va de pair avec l’augmentation des maladies chroniques, 15% environ de la population représentent plus de 65 % des dépenses de l’assurance maladie chaque année en France, soit environ 100 milliards d’euros sur 180 milliards. Une forte pression budgétaire pèse sur notre système de santé, dont les dépenses croissent de 3 à 5 % par an. En 2015, le déficit du régime général de la Sécurité Sociale s’élevait à 6,6 milliards d’euros. Enfin, dernier challenge – et pas des moindres : l’hétérogénéité et la diversité des acteurs de cet écosystème, fragmenté entre les hôpitaux et la médecine de ville, le public et le privé, et les différents professionnels de santé… Face à ces nombreux défis, le numérique apparait comme un levier majeur, qui peut entraîner un véritable changement de paradigme. Voici deux axes de transformation possibles.

Des plateformes d’échange de données

Les plateformes web permettent de faire circuler l’information entre les professionnels de santé, pour offrir une vision à 360° du parcours de soin du patient. Grâce à elles, un médecin traitant peut, par exemple, consulter les résultats de biologie issus d’un laboratoire d’analyse, ou bien accéder aux informations du dossier clinique du patient suite à une opération à l’hôpital. Ces plateformes contribuent à une amélioration de la qualité des soins et plus globalement de la prise en charge, permettant aux professionnels de santé d’échanger et de partager l’information de santé autour d’un même patient. Cela permet concrètement d’éviter la redondance des actes et des prescriptions, mais aussi de diminuer les hospitalisations. Par ailleurs, la tendance vers le maintien à domicile est facilité par d’autres technologies numériques comme la télé-assistance ou encore le télé-suivi. .

Au Pays Basque espagnol, par exemple, le système de santé régional favorise l’émergence de telles stratégies. Une plateforme de santé connectée a ainsi été lancée en 2011 et les résultats concrets sont au rendez-vous : une amélioration de la qualité des soins et une baisse des dépenses relatives à la prise en charge de patients chroniques de l’ordre de 7%.

L’analyse prédictive des maladies chroniques

L’objectif de l’analyse prédictive des données de santé publique est d’anticiper le développement voire l’exacerbation de maladies, sur la base de caractéristiques connues des patients, corrélées à l’historique médical de ce dernier et en conséquence d’améliorer la prise en charge du patient. C’est l’axe le plus innovant des deux car cela nécessite la segmentation des patients et l’identification de caractéristiques connues des maladies, grâce à des logiciels d’analyse prédictive. Ces derniers permettent de repérer les profils les plus à risque mais aussi d’anticiper le passage en phase aigüe des patients en les prenant en charge plus tôt, avant qu’ils ne soient hospitalisés, voire réhospitalisés.

A titre d’exemple: toujours en Espagne, l’hôpital La Fe de Valence a travaillé sur quatre ans d’historique patients pour identifier les marqueurs clés. La mise en œuvre d’actions ciblées sur les patients identifiés comme à risque a notamment permis de réduire les dépenses de 7 à 9 %.

Aujourd’hui, la technologie n’est plus un frein à l’émergence et à la mise en place de solutions de e-santé et de pratiques innovantes. Ce qui limite leur déploiement à grande échelle, ce sont les modèles économiques qui y sont associés. En effet, comment rémunérer les différents acteurs qui participent au parcours de soins via une plateforme de partage des informations ? Se pose de même la question de la gouvernance. Qui paye quoi ? entre les différents professionnels de santé, les payeurs et les régulateurs.

La clé de la réussite de cette mutation sera sans doute son rythme d’exécution sur les 5 à 10 ans à venir, à condition de veiller à l’équilibre entre la gouvernance, notamment des données de santé, le modèle économique et la réglementation. L’émergence d’acteurs industriels, du côté des start-ups comme des géants de l’industrie pharmaceutique ou de l’assurance, va aussi pousser cette transformation. Quant aux institutions, cela fait deux ans que la France, par exemple, soutient cette stratégie. D’abord, avec la nouvelle loi santé et ses changements structurels. Mais aussi grâce à des programmes comme celui du « Territoire de soins numérique » avec ses cinq régions pilotes. Deux initiatives dont le levier majeur n’est autre que… le digital.