Innovation collaborative : comment créer des ponts entre jeunes pousses et grandes entreprises

10 millions d’emplois pour les jeunes des pays du G20 dans les deux prochaines années : telle est l’anticipation des jeunes entrepreneurs du G20, qui prévoient une forte croissance de leurs activités1. Ces entrepreneurs s’appuient massivement sur les technologies digitales pour innover et assurer leur compétitivité. Ils ont pleinement conscience qu’innovation ne rime pas avec isolement : ils veulent s’intégrer dans un écosystème d’open innovation qui rassemble des partenaires diversifiés, dont les grandes entreprises. Une coopération plus poussée avec ces dernières est un gage de réussite pour les jeunes entrepreneurs.

D’après une étude menée en 2014, 83 % des jeunes entrepreneurs interrogés affirment que l’innovation est vitale pour accélérer le développement de leur activité et créer des emplois. Chaque jeune entrepreneur est un entrepreneur numérique : l’innovation digitale est beaucoup plus rapide que l’innovation traditionnelle car la puissance des outils ne cesse de se développer. Les jeunes entrepreneurs savent que la technologie ne connaît pas de frontières géographiques ni sectorielles, qu’elle les aide à adapter rapidement leur activité pour conquérir de nouveaux marchés. 70 % des entreprises créées en 2013-2014 ont visé un marché mondial dès le début de leur activité.

Relier l’offre et la demande d’innovation

Les entrepreneurs savent aussi qu’ils ne peuvent réussir seuls : plus des trois quarts des sondés considèrent que l’innovation collaborative est un levier essentiel de leur succès. Ils cherchent donc à collaborer avec leurs clients, des incubateurs, des fondations, des institutions, des startups et des grandes entreprises.

L’optique traditionnelle, celle de la grande entreprise qui achète la startup et l’absorbe le plus rapidement possible est progressivement remplacée par une approche collaborative. Pourquoi grandes entreprises et startups ont-elles intérêt à travailler ensemble ? Les premières accèdent à de nouvelles technologies, réduisent leurs coûts de R&D et sont en contact avec des talents hautement qualifiés : en construisant un écosystème de startups qui gravitent autour d’elles, ces talents sont fidélisés. Grâce à ces partenariats, les startups, quant à elles, peuvent accéder à des ressources financières, des conseils d’experts, des compétences solides en marketing et vente, une distribution à l’échelle internationale et accroître leur crédibilité.

Les grandes entreprises jouent donc un rôle important pour créer des ponts entre l’offre d’innovation (les startups) et la demande (les consommateurs et les services publics qui l’utilisent). Elles facilitent le passage des idées au marché. Pour y parvenir, elles ont à leur disposition des moyens variés, du traditionnel fonds d’investissement au programme d’accélération. Abordons quelques exemples de stratégies d’open innovation déployées par de grands groupes.

Alibaba : des centaines de rivières pour alimenter le fleuve

Alibaba est une entreprise chinoise de services Internet en très forte croissance : 40 à 50 % par trimestre… Ses deux principaux vecteurs pour capter l’innovation sont Alibaba Capital Partners, son fonds d’investissement et Baichuan, son programme pour développeurs.

Comme les grands acteurs des pays émergents, Alibaba adopte une approche assez traditionnelle en investissant dans des startups prometteuses. Avec 63 investissements réalisés depuis 2013 pour un montant total de 12 milliards de dollars, Alibaba Capital Partners est l’un des fonds les plus importants au monde. Il cible les nouvelles solutions pour le mobile, l’e-commerce, la logistique, le voyage, les loisirs ou la santé.  En 2013, le fonds a créé une antenne aux Etats-Unis pour être présent dans la Silicon Valley. Alibaba Capital Partners investit aussi dans un incubateur de startups à Bangalore, en Inde, qui couvre le secteur de l’Internet mobile. Son portfolio de startups bien garni permet à Alibaba de proposer des services de cloud, de stockage des données, de sécurité, d’ecommerce et des systèmes de transactions et paiement.

Son programme Baichuan (« Centaines de rivières » en mandarin) apporte aux développeurs externes à l’entreprise un soutien technique pour se connecter à l’écosystème d’e-commerce d’Alibaba. Ainsi, ils peuvent créer des applications basées sur l’internet mobile (partage d’informations, géolocalisation, services utilisables offline…) dont les plus innovantes seront intégrées aux sites d’Alibaba. La demande de m-commerce étant en forte croissance en Chine, Alibaba a besoin de cet apport externe pour répondre aux besoins de marchés de niche et être au plus près de la demande des consommateurs. Alibaba espère ainsi devenir un leader du m-commerce, comme il l’est déjà du e-commerce.

Airbus Group : centres de recherches, incubateur, accélérateurs… une approche hybride, complète et mondiale

Dans le secteur aéronautique, Airbus a adopté une approche hybride de l’open innovation. En premier lieu, le Groupe dispose d’un réseau mondial de centres de recherche, dont les programmes se déclinent avec des acteurs locaux : deux principaux centres en France et en Allemagne, d’autres en Espagne, au Royaume-Uni, en Russie, aux Etats-Unis, à Singapour, en Inde, en Chine… Le groupe a également créé l’Airbus Group Nursery, un incubateur interne où ingénieurs et chercheurs de l’entreprise peuvent développer leurs idées avec le soutien de leur employeur pour construire leur business model, accéder à un réseau d’experts et trouver un apport financier.

En 2015, Airbus a lancé le BizLab, premier accélérateur dans le domaine aérospatial. Il a été inauguré en mars à Toulouse : l’objectif est d’accélérer la commercialisation de nouvelles idées, issues des “intrapreneurs” du groupe ou de startups externes. BizLab les aide en amont avec un programme de 6 mois leur donnant accès à du coaching, experts et mentors dans les domaines juridique, financier, marketing ou communication. D’autres BizLabs ouvriront prochainement à Hambourg et à Bangalore. Alors qu’Airbus est en recherche d’innovation incrémentale pour améliorer constamment ses appareils existants, les BizLabs permettent d’identifier et de développer les technologies les plus porteuses.

Airbus a également installé un Centre d’innovation dans la Silicon Valley pour identifier des talents d’ingénieurs de l’aéronautique et financer de nouvelles startups avec un fonds de 150 millions de dollars. Ce centre d’innovation est une réponse à la croissance du nombre de startups du secteur aéronautique telles que SpaceX, Planet Lab, Skycatch…

Orange : 7 programmes pour transformer le secteur des communications et du digital

D’abord focalisé sur le digital en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique, Orange a déployé 7 programmes d’open innovation avec des acteurs d’autres secteurs et zones géographiques. Son objectif est de créer des produits et services dont peuvent bénéficier ses clients, son organisation interne ou ses partenaires.

Parmi ces programmes, Orange Digital Ventures, créé en 2015, est un fonds de 20 millions d’euros dédié à des prises de participations minoritaires dans des startups, de toutes zones géographiques, qui transforment le secteur des communications et du digital : services de communication, de connectivité, de cloud, de paiement, Internet des objets, big data, e-santé ou sécurité. Outre le financement, les startups profitent de la notoriété d’Orange, de sa présence internationale, de synergies techniques et commerciales grâce à un accès privilégié aux experts et aux décideurs du groupe.

Ce nouveau dispositif a renforcé les initiatives existantes, comme Orange Fab. Fondé en 2013, l’accélérateur de startups Orange Fab est un programme de 12 semaines au cours duquel elles bénéficient des conseils d‘entrepreneurs, d’ingénieurs, de designers, d’investisseurs… Elles peuvent aussi compter sur le soutien de l’alliance Fab Force, qui comprend des entreprises de capital risque et d’autres grandes entreprises internationales.

Dans le domaine de la co-création, Orange Partner met à disposition de développeurs indépendants une dizaine d’interfaces de programmation d’applications (API) pour stimuler le lancement de nouveaux services. Des « hackathons » et des challenges rassemblent des développeurs pour créer dans un temps limité de nouveaux services, sites Web ou applications.

Trois exemples de grandes entreprises au cœur d’écosystèmes d’innovations qui font collaborer compétences internes et externes. L’agilité des jeunes entreprises et leur capacité à innover sont utiles aux grandes entreprises pour progresser et maintenir leur compétitivité. Les jeunes entrepreneurs de leur côté ont besoin des grandes entreprises pour accélérer leurs efforts d’innovation, les soutenir dans leur commercialisation et ainsi créer 10 millions d‘emplois pour les jeunes.

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Etude The promise of digital entrepreneurs menée par Accenture et l’Alliance des jeunes entrepreneurs du G20 (G20 YEA) en 2014 auprès de 1 000 chefs d’entreprise des pays du G20 âgés de moins de 40 ans.

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Le G20YEA

Le G20 des jeunes entrepreneurs (G20YEA – Young Entrepreneurs Alliance) se déroule chaque année après le sommet du G20 qui rassemble les chefs d’Etat et de gouvernement des 20 plus grands pays. 400 chefs d’entreprise, âgés de 18 à 45 ans, remettent aux gouvernements des propositions concrètes sur la relance de l’activité économique, le financement de la croissance des PME et la création d’emploi. Le chômage des jeunes, dont souffrent la plupart des pays du G20, est au cœur des préoccupations et l’entrepreneuriat est une solution efficace pour le résorber.