Innovation collaborative : ce qu’il faut savoir avant de se lancer

La révolution numérique qui catalyse la transformation des entreprises atteint aujourd’hui sa troisième vague : après la vague du consommateur numérique, principalement focalisée sur l’expérience client, et la vague focalisée sur l’efficacité des process support à la production des entreprises (Informatique, RH, Finance, Supply Chain…), c’est désormais le cœur des fonctions de production des entreprises qui entre dans une phase de numérisation intensive. Grâce à la montée en puissance des approches « cloud first » et de l’internet des objets, notamment, il ne s’agit plus seulement de gains de productivité, ce sont les modèles économiques des entreprises qui peuvent être réinventés.

La conjonction de l’accroissement exponentiel de la puissance informatique1, de la numérisation de tous les secteurs économiques2 et de l’accès à une puissance de stockage à distance sans précédent à des coûts de plus en plus marginaux, offre des opportunités non seulement de transformer les modèles opérationnels mais aussi d’inventer de nouveaux modèles économiques. Cette troisième vague sera la plus puissante et potentiellement la plus dangereuse en raison de la complexité des enjeux, des questions de sécurité à traiter et de la concurrence exacerbée que les grands groupes affrontent, venant d’acteurs d’autres industries qui ne figuraient pas jusqu’à peu dans la liste des concurrents et/ou de startups qui croissent rapidement à des endroits clés des chaînes de valeur.

Un enjeu de croissance pour les entreprises

Dans ce contexte d’innovation numérique en accélération, les entreprises championnes de la croissance sont également les championnes de l’innovation, et plus précisément, de l’innovation collaborative. C’est l’un des résultats majeurs d‘une étude menée auprès d’un panel de grandes et de petites entreprises des pays du G20 (voir la méthodologie ci-dessous). L’écart est significatif et croissant : les entreprises championnes de l’innovation collaborative en matière de numérique croissent 50% plus vite que les autres entreprises et anticipent une croissance de leurs revenus à deux chiffres dans les trois prochaines années.

Le fait que l’innovation numérique est cruciale pour leur performance future est accepté par 97% des grandes entreprises interrogées et 82% des entrepreneurs. Une large majorité des grandes entreprises reconnaissent que l’innovation numérique se passe en partie « hors les murs » : face à des changements rapides du paysage concurrentiel, à l’émergence de nouvelles demandes des clients, s’allier avec des startups est devenu une pratique assez partagée, depuis la théorisation du concept d’Open Innovation il y une décennie, et encore plus depuis le début de la phase actuelle de bouillonnement créatif. Les revenus générés en collaboration avec des startups représentent en moyenne 9% des revenus des grandes entreprises et celles-ci s’attendent à ce que cette proportion atteigne 20% dans 5 ans.

Un défi pour les grands groupes et les startups

La collaboration entre grandes entreprises et startups n’est toutefois pas sans écueils, du fait d’attentes différentes, voire opposées:

  • Les startups cherchent avant tout à accélérer leur croissance en bénéficiant des réseaux de distribution et des clients de leur partenaire (49%), en devenant fournisseur (45%), voire en bénéficiant des financements de la grande entreprise (43%)
  • Les grandes entreprises cherchent à accéder à des talents rares en interne (53%), à des nouveaux marchés qu’elles peinent souvent à défricher en interne (50%) et à booster leur propre Recherche (48%).

A ces attentes parfois divergentes, s’ajoutent un déséquilibre en termes d’engagement : une large majorité de grandes entreprises pensent qu’elles sont assez engagées dans ces partenariats, alors que 29% des entrepreneurs pensent que l’engagement des grandes entreprises dans la collaboration avec des petites entreprises est loin d’être satisfaisante.

Enfin, la distance culturelle peut également complexifier le processus de collaboration : alors que les startups se focalisent souvent sur des innovations de rupture à tester rapidement via des prototypes et peuvent « pivoter » leur modèle rapidement, les grandes entreprises, généralement plutôt promptes à limiter les risques, étudient plus volontiers les innovations incrémentales à mettre en place de manière graduelle, qui permettent de limiter les risques opérationnels.

Lancer une politique d’open innovation est tout sauf aisé mais le jeu en vaut la chandelle, et certaines entreprises sont devenues des championnes dans ce domaine. Quels sont leurs secrets ?

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1 La loi de Moore dont le terme a été mainte fois annoncé mais est encore vérifiée. Plusieurs économistes utilisent l’image de la « second moitié de l’échiquier «  pour illustrer les effets exponentiels de la multiplication par deux tous les deux ans de la puissance installée sur un microprocesseur. Une autre image : si une voiture roulait à 5km/heure au début des années 60, quand le microprocesseur a commencé sa croissance régulière, la même voiture roulerait à plus de 670 millions km/h maintenant, soit la possibilité d’aller de la Terre à Mars en 5 minutes (source : Martin Ford, « The Rise of the Robots »).

Ou « General Purpose Technology » pour illustrer le fait que les gains de productivité issus de l’industrie informatique essaiment bien au-delà du secteur informatique lui-même

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Méthodologie de l’étude “Harnessing the Power of Entrepreneurs to Open Innovation

Accenture a interrogé 1020 dirigeants de grandes entreprises et 1002 entrepreneurs à travers le monde, afin d’identifier les ressorts de la haute performance en matière d’innovation numérique. Ces résultats ont été complétés par des analyses de cas dans les pays du G20 et 20 interviews qualitatives d’experts menées avec le réseau des Technology Labs d’Accenture. Les meilleurs cas ont été ensuite modélisés afin de déterminer le gain potentiel en croissance des revenus et des profits si les entreprises suiveuses adoptaient des stratégies similaires à celles des entreprises championnes de l’innovation. Les résultats ont été présentés au sommet du G20 des jeunes entrepreneurs (G20YEA) en Septembre 2015 et à la Conférence B20 Digital d’Octobre 2015.

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