Industrie X.0 : Comment rendre votre organisation hyper-réactive à la demande

Jean Cabanes - Industrie X.0

L’industrie X.0 est probablement la révolution le plus spectaculaire de l’histoire industrielle. Et ce n’est pas uniquement parce qu’elle bouscule en profondeur toute la chaîne de valeur, de la conception à la vente des produits et des services. Ses conséquences vont bien au-delà.

Réagir en temps réel aux évolutions du marché, personnaliser à l’extrême les produits et services, suivre le rythme effréné de l’innovation technologique imposent, en effet, d’avoir des organisations extrêmement agiles et réactives. L’industrie X.0 est par conséquent synonyme de vitesse et donc d’agilité.

Selon une récente étude, 92% des dirigeants estiment que l’agilité organisationnelle est un facteur déterminant de réussite. Mais y parvenir reste un défi : la transformation de beaucoup d’entreprises est ralentie par les obstacles organisationnels et la culture traditionnelle du management. Voici mes conseils pour y parvenir.

Briser les silos pour améliorer la circulation de l’information et la réactivité

Seulement 27% des dirigeants estiment que leur entreprise est aujourd’hui suffisamment agile. Si le défi est de taille, c’est qu’il exige une refonte globale des méthodes de travail et de management. Fini le modèle traditionnel de l’entreprise pyramidale, rigide, fonctionnelle et compartimentée en silos.

Il faut désormais insuffler de la transversalité, décloisonner les services, simplifier l’organisation pour faciliter la circulation des données et le partage de l’information. L’hyper-réactivité est à ce prix. Et les grandes gagnantes sont les entreprises qui jouent pleinement la carte de la transparence entre les équipes ; elles ont une productivité de 22 % supérieure à leurs pairs.

Bien entendu, mettre un terme à l’ère de la confidentialité et du pré carré ne se fait pas du jour au lendemain. Pour cela les entreprises peuvent s’appuyer sur l’intégration d’outils digitaux et le développement de nouvelles pratiques collaboratives pour accélérer le changement. À chaque entreprise de trouver la meilleure solution.

Un grand constructeur automobile a ainsi adopté l’ingénierie de système (Systems Engineering) pour résoudre les problèmes de collaboration entre ses équipes, qui freinaient la conception des véhicules. Pour Schneider Electric, la mise en place de sa Digital Services Factory, a permis d’accélérer le développement de ses nouveaux services digitaux en faisant mieux travailler ensemble des fonctions comme le marketing, la R&D et la vente en mode « plateau ».

Travailler avec l’IA et les cobots pour gagner en vitesse d’exécution

La dimension de plus en plus collaborative du travail ne s’arrête pas aux relations entre métiers. De plus en plus, les salariés devront apprendre à travailler avec des « cobots » (robots collaboratifs), gages eux aussi de vitesse. Selon IDC, le marché de l’intelligence artificielle et des systèmes cognitifs progressera en moyenne de 55% tous les ans d’ici 2020. Résultat : ces technologies vont de plus en s’insérer dans le flux de travail humain. L’industrie n’échappe pas à la règle. Les lunettes intelligentes, conçues par Accenture et Airbus, pour positionner sans risque d’erreur les sièges d’avion montrent la voie. Elles permettent de faire le travail en six fois moins de temps. D’autres tâches seront assignées à des cobots dans les usines. C’est déjà aujourd’hui le cas du moulage par injection, demain, du collage et du soudage, puis certainement de l’assemblage général.

Certaines fonctions, comme la logistique, la gestion de flotte, le contrôle qualité, la coordination des ateliers et jusqu’aux conseils d’administration, semblent aussi bien placées pour accueillir de l’IA. Le PDG de Salesforce en offre l’une des illustrations les plus spectaculaires. Lors des comités de direction, il siège à côté d’Einstein, une solution d’intelligence artificielle à laquelle il demande son avis.

Pour autant, ne perdons pas de vue que le but de l’intelligence artificielle, malgré sa future omniprésence, n’est pas de concurrencer l’homme, mais bien d’augmenter ses capacités, de l’aider à travailler plus efficacement. D’un point de vue éthique, il est primordial que l’homme soit en mesure de comprendre ce que propose la machine et qu’il ait toujours le dernier mot.

Adopter une stratégie RH évolutive et ouverte

Dans ce nouvel univers où tout s’accélère, la réussite des entreprises dépendra, en grande partie, de leur capacité à accompagner l’ensemble des collaborateurs, les cols bleus comme les cols-blancs. Elles devront repenser leur stratégie RH pour anticiper les évolutions du marché et de l’emploi.

En effet, à l’avenir, les qualifications auront une durée de vie de plus en plus courte, Les avancées technologiques sont telles que certains métiers de l’industrie seront automatisés d’ici quelques années, mais c’est pour mieux laisser place à de nouveaux métiers qui apparaîtront.

Selon le Forum économique mondial, deux enfants sur trois qui entrent aujourd’hui à l’école élémentaire occuperont un jour un poste qui n’a pas encore de nom aujourd’hui. Cette mutation de l’emploi est déjà visible. Les qualifications les plus demandées actuellement dans l’industrie, comme les data scientists, n’existaient pas il y a dix ans.

En termes de stratégie RH, cela se traduit par la nécessité de privilégier deux directions.

La première est d’attirer des talents nouveaux mais aussi évolutifs, capables de se requalifier tout au long de leur parcours professionnel.

La deuxième est d’ouvrir l’entreprise et profiter des nouveaux modèles digitaux de travail, comme le crowdsourcing, pour encourager de nouvelles formes de collaboration avec des communautés étendues d’universitaires, de partenaires et de travailleurs indépendants.

Adopter une culture managériale axée sur la vitesse et non la perfection

Insistons enfin sur l’importance des managers. Dans l’industrie X.0, ils doivent incarner un nouveau modèle de leadership, tourné davantage vers l’exemplarité, la créativité, l’audace et le dialogue. Qu’est-ce qui est attendu d’eux ?

Dans les grandes lignes, ils doivent convaincre de la nécessité du changement, savoir déléguer, fédérer les énergies et stimuler l’émergence d’idées originales. Ce changement n’est pas de nature cosmétique. Il exige de sortir du contrôle et des instructions verticales. Surtout, et c’est probablement l’évolution culturelle la plus importante, le manager de nouvelle génération devra préférer la vitesse, c’est-à-dire la réactivité et l’expérimentation, à la perfection. Il devra savoir se comporter en intrapreneur.

La bonne nouvelle est que les plus jeunes générations, les digital natives, qui entrent actuellement sur le marché du travail, sont prêts à ces changements. Non seulement, familiers des nouvelles technologies, ils trouveront plus facilement leur place dans un environnement de travail digitalisé, mais en plus ils réclament de nouveaux modes de travail et de management. Plus d’autonomie, moins de contrôle, plus d’expérimentation et de rapidité, plus d’attachement au groupe et au réseau qu’à l’entreprise, tels sont leurs traits les plus caractéristiques.

À l’entreprise de savoir les séduire en leur proposant, à la manière des GAFA, des cadres de travail et des parcours professionnels attrayants, où ils pourront s’épanouir. De leur côté, ils feront profiter l’entreprise de leurs réseaux. Un élément essentiel car, dans l’ère de l’industrie X.0, l’entreprise étendue sera presque aussi importante que l’entreprise elle-même.