Industrie X.0 : 5 conseils pour construire un écosystème de partenaires qui apporte (vraiment) de la valeur

Industrie X.0 - Jean Cabanes - Open Innovation

L’union fait la force. L’adage est ancestral, mais il n’a pas perdu de sa vigueur à l’ère de l’Industrie X.0. Dans un univers régi par l’accélération technologique et la montée en puissance des plateformes digitales, les entreprises isolées n’ont plus leur place. Elles n’ont pas d’autre choix que de s’insérer dans des écosystèmes de partenaires. Les industriels en ont conscience comme le prouve la multiplication des collaborations, notamment avec des start-up. Cependant, les résultats sont souvent décevants. Mieux appréhender le concept d’open innovation s’impose donc. 

Réduire le succès de l’iPhone d’Apple à une simple prouesse technologique est une erreur. Si le smartphone peut être considéré comme une innovation de rupture, et il l’est, il le doit avant tout à son modèle économique. En pratique, Apple a mobilisé une foule de développeurs externes, extrêmement motivés et imaginatifs. Au fil des ans, ils ont créé plus de deux millions d’applis grand public. Sans cet écosystème de créateurs, il est certain qu’Apple n’aurait jamais pu en faire autant. Ainsi, le smartphone a été le révélateur de la toute-puissance des écosystèmes. Il a tracé un nouveau cadre : demain, les écosystèmes seront la norme dans le paysage industriel.

  1. Jouez la carte de l’intelligence collective

Pourquoi les écosystèmes seront-ils incontournables dans l’univers de l’Industrie X.0 ? D’abord, parce que le temps où les entreprises industrielles pouvaient tout faire en interne est révolu. La faute, bien entendu, à l’accélération technologique. Voyez, par exemple, l’industrie automobile. L’avenir est à la voiture connectée, elle-même simple étape vers le véhicule autonome. Mais relever ce défi oblige à se doter de compétences en télécommunications, en intelligence artificielle, en cartographie ou en analyse de données. Avec l’accélération des vagues technologiques, les entreprises n’ont plus la capacité de tout faire toutes seules et le temps de réinventer ce qui existe déjà.

Une réelle ouverture à l’écosystème, avec l’intégration de solutions technologiques à grande échelle et dans des domaines variés de l’industrie, permet de propulser à moindre coût, son entreprise vers un horizon nouveau.

Les constructeurs automobiles l’ont bien compris. D’où aujourd’hui une profusion de partenariats en tous genres. De Ford, qui s’associe avec Amazon pour équiper ses véhicules d’une assistance vocale, à Renault-Nissan, qui fait équipe avec Microsoft pour développer des services de maintenance prédictive ou de navigation avancée, ou encore BMW, qui coopère avec le spécialiste des systèmes d’assistance à la conduite Mobileye, les initiatives sont légion. Avec toujours un même objectif pour les constructeurs : ouvrir leurs écosystèmes à de nouvelles compétences.

  1. Considérez et construisez votre produit comme une plateforme

Un autre facteur penche en faveur du développement des écosystèmes : la montée en puissance des plateformes digitales. Dans l’Industrie X.0, la plupart des produits industriels, intelligents et connectés, seront intégrés à des plateformes. La valeur ne viendra alors plus du produit lui-même mais des données qu’il collectera et de l’écosystème qu’il permettra de construire. Là encore, l’industrie automobile montre la voie. Demain, la voiture sera bien plus qu’un véhicule : elle sera une plateforme de mobilité et offrira de nombreux services connexes, au sein d’un écosystème.

La voiture n’est pas un exemple isolé. Ainsi, la société Ubudu trace de nombreux actifs pour améliorer la productivité des usines ou renforcer la sécurité des personnels dans des environnements à risques. Et des plateformes pionnières, comme Predix (GE), MindSphere (Siemens) ou Azure (Microsoft), ont l’ambition de devenir les noyaux de vastes écosystèmes industriels. Sur le modèle d’Apple, GE comme Siemens invitent les start-up à enrichir leur catalogue d’applications, à l’image du fabricant de capteurs infrarouges IrLynx qui a développé une solution d’optimisation des espaces de bureaux.

  1. Pensez « usage » avant de vous lancer dans la technologie

Intégrer dans son écosystème des start-up, considérées à juste titre comme des accélérateurs d’innovation, est une pratique courante dans le monde industriel. La popularisation du concept d’open d’innovation n’y est pas pour rien. Mais cette profusion de collaborations n’en génère pas moins son lot de frustrations. Selon une récente étude, plus de 50% des grandes entreprises estiment que les résultats ne sont pas à la hauteur de leurs attentes. Surprenant ? Pas vraiment, si l’on considère que beaucoup de programmes d’open innovation se limitent à l’horizon de la faisabilité technique et ne débouchent sur aucun déploiement industriel.

Rappelons-le : la performance de l’open innovation ne se mesure pas au nombre de pilotes ou de POC (proof of concept), mais au nombre de lancement de produit réussis. L’oublier c’est transformer la technologie en mirage. Malheureusement, beaucoup trop d’entreprises ont les yeux rivés uniquement sur la prouesse technologique, oubliant l’expérience utilisateur. Une innovation qui n’est pas adoptée par les utilisateurs n’en est pas une. La véritable innovation est celle qui est adoptée « at scale ». Pour reprendre l’adage : think big, start small, grow fast.

Quand la SNCF s’associe à OuiCar, spécialisée dans la location de véhicules entre particuliers, elle n’achète pas seulement une technologie, mais une expérience client enrichie et plus personnalisée, sous la forme d’une offre de voyage de bout en bout.

  1. Impliquez les utilisateurs dès le départ

Réorienter sa politique d’open innovation commence donc d’abord par identifier des cas d’utilisation, très spécifiques et étroitement liés aux attentes des clients ou des utilisateurs. Quoi de mieux que d’impliquer les futurs utilisateurs pour s’assurer que l’on avance dans le bon sens ?

En ayant recours à la réalité virtuelle pour accélérer la conception d’une nouvelle ligne de production, Safran Nacelles ne s’est pas contenté de signer un accord avec un spécialiste de cette technologie, mais a associé les futurs opérateurs pour tester l’ergonomie de l’outillage.

A contrario que constate-t-on ? Bien souvent, la sélection des start-up précède celle des cas d’usage. Dès lors, l’open innovation se résume à une loterie, où l’aléatoire est la règle. De fait, multiplier les partenariats avec les start-up n’est en rien une garantie de succès. Quand on se lance dans l’open innovation, il est bon de garder en tête la formule popularisée par le créateur de Tesla, Elon Musk : « Très souvent, trouver la question est plus difficile que de trouver la réponse ».

  1. Levez les obstacles culturels et organisationnels

Dans un récent article, la Harvard Business Review souligne que l’inefficacité des politiques d’open innovation tient plus à des freins organisationnels et culturels, que techniques. Plusieurs actions prioritaires sont, à nos yeux, indispensables pour redonner du souffle à votre écosystème.

  1. Se doter d’une vision stratégique : l’open innovation doit pleinement prendre en compte les objectifs de l’entreprise pour être la plus utile possible et ne pas tomber dans l’innovation aléatoire.
  2. Impliquer les dirigeants, par le biais d’un comité d’innovation technologique par exemple, afin de renforcer le poids de l’open innovation en interne et de mieux prendre en compte les aspirations des start-up.
  3. Briser les silos en favorisant la participation de chaque salarié à vos écosystèmes. Plus l’ensemble des perspectives métiers, notamment celles émanant du terrain, seront prises en compte, plus les chances de succès seront grandes.
  4. Rompre avec la culture du secret : privilégier des écosystèmes ouverts basés sur des partenariats agiles et évolutifs qui permettent d’attirer et de retenir les talents.
  5. Adopter une approche flexible : l’entreprise doit s’adapter aux besoins du client et son organisation aussi. Il faut abandonner l’approche joint-venture et opter plutôt pour des partenariats, des collaborations et des contrats flexibles.

Une grande partie de la réussite des entreprises dans l’Industrie X.0 dépendra de leur capacité à s’intégrer dans un écosystème et à tirer profit de leurs partenaires pour créer de nouveaux services à valeur ajoutée.