L’économie des plateformes décolle : comment mettre le phénomène à profit en France ?

BlaBlaCar, Le Bon Coin ou encore Drivy, les plateformes digitales* d’origine française sont de plus en plus nombreuses. Dans le sillage de la généralisation du mobile, du développement du cloud et de la révolution émergente de l’Intelligence Artificielle, les plateformes – ces entreprises qui créent de la valeur en facilitant l’échange de produits et/ou de services entre plusieurs groupes d’acteurs économiques – montent en puissance. Quelle est la place de la France ? Comment encourager les entrepreneurs à saisir des opportunités dans cette nouvelle économie en émergence, symbolisée au niveau mondial par les entreprises américaines ou chinoises telles que Amazon, Facebook, Uber, AirBnB, Alibaba, Baidu et Tencent ?

Les Etats-Unis et la Chine en tête, la France peut mieux faire

A l’échelle mondiale, les Etats-Unis et la Chine ont les économies les mieux préparées pour tirer les bénéfices de la montée en puissance des plateformes, d’après « l’’indice de préparation à l’économie des plateformes » présenté par Accenture à Beijing au Sommet du G20 des jeunes entrepreneurs . Les grands pays d’Europe continentale, dont la France, sont en retrait. La mesure porte sur les investissements déjà réalisés – plus de 20 milliards de dollars investis dans des start-ups depuis 2010 dans le monde – ou des facteurs précurseurs d’investissements futurs comme la présence des entreprises sur internet, l’entrepreneuriat digital, la culture de l’innovation ouverte, la qualité de l’infrastructure technologique et les politiques publiques mises en place.

Plateformes Digitales - Pays

Si le rang de leader des Etats-Unis peut sembler assez prévisible, il est plus surprenant de constater que la Chine figure en très bonne position dans ce classement et que les indicateurs précurseurs disponibles pointent vers un renforcement de la position de la Chine dans les prochaines années. L’Asie Pacifique – au sein de laquelle la Chine est l’acteur dominant – a attiré en effet un tiers des investissements dans des nouvelles plateformes en 2015 alors que cette région ne représentait que 6% des investissements en 2010.

Parmi les atouts de la Chine figurent notamment la taille de la population connectée quotidiennement à internet via des smartphones, l’accent mis sur les formations aux métiers scientifiques et technologiques et un entrepreneuriat digital vivace dont la capacité d’innovation et de croissance est illustrée par des entreprises comme Alibaba, Baidu, Tencent ou encore DHGate.

La France se distingue en particulier par un écosystème de start-ups de plus en plus actif, des formations scientifiques de qualité et un cadre juridique protecteur des libertés individuelles, mais d’autres facteurs sont encore à développer, comme la généralisation de l’accès internet broadband, la généralisation de l’adoption du commerce électronique par les PMEs, les collaborations en matière d’innovation ouverte entre PMEs et grandes entreprises ou encore le financement des entreprises de croissance dont en particulier la fiscalité du Venture Capital. Les conflits récurrents sur la question des plateformes de taxis/VTC attestent par ailleurs de la « criticalité » de la réforme des réglementations dont celle du travail en premier lieu.

Cinq priorités pour réussir la mutation vers l’économie des plateformes

Dans la recherche Five Ways to Win with Digital Platforms Accenture a identifié, en collaboration avec le G20 des Jeunes Entrepreneurs, cinq pistes majeures afin de créer un environnement propice au développement de l’économie des plateformes et rendre les entreprises d’origine française plus compétitives sur le marché mondial.

  1. Favoriser l’harmonisation des législations en matière de sécurité et de confidentialité des données de manière à faciliter les transferts de données d’un pays à l’autre. Cette action est particulièrement critique en Europe afin d’offrir des perspectives de croissance dont les créateurs de plateformes ont besoin pour viser la taille critique qui assurera la viabilité à long terme de leurs entreprises. La question de la propriété des données personnelles et de leur « portabilité » d’une plateforme à l’autre constitue une composante importante de cette priorité
  2. Placer l’expérimentation au cœur des nouvelles réglementations, afin d’accompagner l’innovation technologique et la mise en place de nouveaux modèles économiques. L’adaptation de la politique de la concurrence en constituera un marqueur critique dans la mesure où certains prix fixés par des plateformes à des niveaux jugés « prédateurs » dans une approche classique peuvent se justifier par le fait que la subvention d’un côté de la plateforme va permettre son développement et augmenter la satisfaction des participants des deux côtés de la plateforme.
  3. Encourager le commerce électronique transfrontalier en promouvant un partenariat public privé à même d’incuber des nouvelles règles internationales du commerce électronique favorables à la participation des PME au commerce électronique mondial. Le G20 a repris cette suggestion en encourageant le développement d’une nouvelle organisation appelée « e World Trade Platform » à cet effet.
  4. Investir dans les infrastructures numériques. L’accès des entreprises à un internet rapide, fiable et à prix modéré constitue une condition encore loin d’être remplie dans le G20 et en France, notamment dans les zones rurales.
  5. Informer les participants aux plateformes de leurs droits et devoirs, de façon à renforcer la confiance de toutes les parties prenantes. De manière plus large, adapter la formation des talents de demain en encourageant la collaboration entre les autorités publiques et les entreprises afin de sensibiliser à l’entrepreneuriat digital dès l’école primaire et encourager les projets entrepreneuriaux tout au long du système éducatif.

En France, une chance à saisir

Le succès grandissant des plateformes, qui deviennent les modèles économiques par défaut dans tous les secteurs de l’économie mondiale**, B2B comme B2C, constitue un changement radical qui nécessite en France une priorité en faveur de tout ce qui favorise l’innovation et une collaboration efficace entre les parties prenantes afin d’accélérer la mutation des entreprises. Dans le blog suivant je détaillerai les stratégies d’entreprises gagnantes.

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* Pour la définition des plateformes ou « marchés bifaces », voir « Economie du Bien Commun », par Jean Tirole, PUF,  2016

** Pour un panorama mondial, voir « Platform Revolution » par Geoffrey G. Parker, Marshall Van Alstyne et Sangeet Paul Choudary, W.W. Norton & Company, 2016. Les auteurs constatent que les secteurs encore les moins touchés par le modèle des plateformes sont les secteurs très réglementés (éducation, banque), ceux où l’échec est très couteux (santé) ou des secteurs où l’accès aux matières premières est critique et intensif en capital (énergie, mines)

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