Economie des plateformes : potentiel à exploiter et freins à surmonter pour l’IoT

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La nouvelle vague d’innovation disruptive provient des écosystèmes de plateformes interconnectées qui se déploient dans tous les secteurs d’activité. Ces plateformes sont le socle porteur de services différenciants, comme l’ont prouvé Airbnb, Alibaba ou BlaBlaCar. Focalisons-nous sur les plateformes IoT (Internet of Things), qui proposent de nouveaux services à partir des objets connectés. Comment créent-elles de la valeur pour l’entreprise ? Comment prévenir les freins inhérents à tout nouveau modèle, en l’occurrence la sécurité et la confidentialité des données ?

L’économie des plateformes est portée par des technologies qui sont maintenant matures et industrialisées : hébergées dans le cloud, les plateformes s’appuient sur les API qui ouvrent et relient les systèmes d’information pour échanger des données ; elles intègrent des technologies mobiles et des interactions en temps réel, via l’Internet des objets.

Des services innovants d’aide à la décision ou fournis par des réseaux de partenaires

Des objets de toutes sortes (voitures, immeubles, bracelets…) contiennent des capteurs pour interagir avec des plateformes dans le cloud. Ces plateformes traitent les énormes quantités de données issues des objets et les valorisent dans des services proposés aux propriétaires des objets. On distingue deux familles de services élémentaires, qui existent depuis quelques années.

  • Les services liés à l’usage des objets : par l’intermédiaire d’une plateforme domotique ou de voiture connectée, je peux allumer le chauffage à distance avec mon smartphone, éteindre une lampe, préchauffer ma voiture…
  • Les services d’analytique, qui analysent l’utilisation des différents objets pour l’optimiser. Si je laisse mes lampes allumées en moyenne 5 heures par jour dans ma maison connectée à une plateforme domotique, je connais la consommation moyenne qui en résulte.

La plateforme IoT prend toute sa valeur quand on commence à fusionner des services de commande avec des services d’analytique : c’est la richesse des services d’assistance à la décision. Si les lampes restent allumées 5 heures par jour, elles peuvent s’éteindre automatiquement quand il n’y a personne dans la pièce.

Dans le domaine professionnel, de nombreux services autour du machine learning commencent à se diffuser. Dans un futur proche, des plateformes pourront gérer une usine à distance : elles rapporteront la durée moyenne entre les pannes (MTBF : Mean Time Between Failures) et elles initieront certaines actions correctrices de réallocation de chaînes d’assemblage, correspondant à la programmation d’opérations de maintenance. Elles pourront aussi planifier ces opérations dans la foulée. La plateforme va capter les données, les traiter pour recommander et anticiper certains travaux de maintenance dans l’usine : un véritable service d’aide à la décision.

D’autres services à valeur ajoutée proviennent d’écosystèmes de partenaires. Les services de commande des objets se banalisent et le seul moyen de préserver les marges est de les mixer avec des services issus d’autres fournisseurs. Prenons l’exemple de la voiture connectée, qui est aujourd’hui un standard pour toutes les marques. Elle proposera des services différenciants si elle est connectée au système de péage de Vinci ou à des plateformes chères aux consommateurs, comme Deezer ou Spotify.
Un autre exemple est celui des BMW Labs qui signe un accord avec la plateforme IFTTT (If This Then That) pour enrichir l’ « expérience connectée » des propriétaires de BMW – comme recevoir dans sa voiture les grands titres du New York Times dès leur publication. IFTTT crée ainsi des interactions inédites entre de nombreux partenaires pour développer des services à valeur ajoutée. Et les conducteurs de BMW eux-mêmes sont sollicités pour être des « ß-testeurs » de ces nouveaux services.

Sécurité dans l’IoT : les solutions existent

Comme pour tout nouveau modèle, celui-ci comporte des obstacles à surmonter : consommateurs et entreprises commencent à prendre conscience de l’importance de l’enjeu de sécurité de l’Internet industriel. Pour 47 % des consommateurs interrogés dans la récente étude Igniting Growth in Consumer Technology*, les inquiétudes liées à la sécurité et au respect de la vie privée font partie des 3 principaux obstacles à l’achat d’un appareil ou service connecté (montres, moniteurs de fitness et thermostats intelligents sont les plus cités). 18 % des sondés ont arrêté en 2015 d’utiliser leur appareil IoT ou mis fin à l’abonnement à un service IoT à cause du manque de garantie sur la sécurité de leurs données. Et l’inquiétude n’est pas seulement le fait des Européens, désormais elle se propage sur tous les continents.

En réalité, les composants technologiques des solutions de sécurité existent : la puissance de calcul intégrée aux objets est très suffisante pour installer des mécanismes efficaces. Depuis deux ans environ, un smartphone reconnaît une empreinte digitale. Bientôt, il pourra reconnaître un visage ou une pupille : les outils de biométrie sécurisent fortement les appareils. Il est possible d’inclure dans tout objet un bout de code mis à jour régulièrement à distance pour être à la pointe de la sécurité (cryptage). A court terme, les fournisseurs doivent intégrer ces technologies dans tous les objets connectés et communiquer auprès de leurs publics pour éteindre leurs inquiétudes.

L’opportunité du marché de l’IoT est énorme : selon IDC, d’ici 2020, plus de 220 milliards de capteurs seront actifs dans le monde dans les objets connectés. Via les plateformes qui traitent les données issues des objets, des services novateurs se dessinent : aide à la prise de décision, services intégrés impliquant différentes entreprises de différents secteurs… Mais les consommateurs exigent que ces services soient faciles d’utilisation et sécurisés pour remporter leur adhésion. La sécurité ne sera plus un obstacle si les fournisseurs la considèrent hautement prioritaire et intègrent des dispositifs simples de sécurité très en amont, dès la conception des objets.

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*Etude Accenture issue de la 2016 Accenture Digital Consumer Survey

La Digital Consumer Survey 2016 est une étude en ligne menée d’octobre à novembre 2015 auprès de 28 000 consommateurs de 28 pays : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Saoudite, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, Etats-Unis, Emirats Arabes Unis, Espagne, France, Hongrie, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Pays-Bas, Philippines, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Slovaquie, Suède et Turquie. L’échantillon dans chaque pays est représentatif de la population connectée, avec des répondants âgés de 14 à plus de 55 ans. L’enquête questionne les individus sur leurs perceptions des équipements connectés, des contenus et services associés, leurs habitudes d’achat, leurs préférences et la confiance vis-à-vis des fournisseurs de services et de leur future vie connectée.