Digital social, une autre façon de changer le monde

La transformation numérique ne se limite pas aux mondes de l’entreprise et de la consommation. Elle décuple l’impact de l’économie positive (sociale, solidaire et environnementale). La preuve par l’exemple.

Digital et social partagent plus qu’une rime. Leurs qualités conjuguées (fluidité et interactivité d’un côté, cohésion sociale et utilité publique de l’autre) créent un champ de force sans précédent, qui touche des millions de personnes à travers le monde, comme l’exposait récemment Jacques Attali, président de Positive PlaNet.

Le but de cette nouvelle économie positive ? Concilier le développement social, environnemental et économique, de façon à améliorer la vie des générations actuelles et futures. Cette convergence conscience sociale et possibilités numériques se concrétise dans des initiatives liées à l’entrepreneuriat, la formation et l’emploi.

Digital social & entrepreneuriat

Micro crédit, maxi impact

Changer une vie avec 20 euros, c’est possible, c’est même effectif ! La plate-forme MicroWorld connecte des emprunteurs de toute la planète à des prêteurs des pays dits développés. 20 % des salariés d’Accenture France ont ainsi financé les projets de plus de 800 personnes dans le monde. Pour les prêteurs (non rémunérés, bien sûr), le risque est quasi nul. Les quelques dizaines d’euros de financement ne représentent pas d’enjeu vital. Pour les emprunteurs en revanche, le prêt change radicalement et durablement leur vie. Il fonde le socle d’une autonomie économique et sociale, entrainant dans son sillage positif une ou plusieurs familles, contribuant à l’émancipation des femmes en leur donnant les moyens économiques de subvenir à leurs besoins fondamentaux.

Lien social

Soutenu par Ashoka, plus grand réseau d’entrepreneurs sociaux au monde, Lulu dans ma rue met en relation des personnes demandeuses de services de proximité et des personnes, isolées ou en réinsertion sociale, à même d’effectuer ces prestations. Le service a ouvert sa première conciergerie de quartier dans le 4ème arrondissement de Paris et compte essaimer dans les villes de France.

Soutenu par de grandes entreprises sous forme d’un mécénat de compétences en conseil et numérique, Lulu dans ma rue utilise la fluidité d’Internet pour recréer du sens et du lien. « La promesse est de construire la vie de quartier où le service rendu consciencieusement permet de recréer du lien, de sortir de l’anonymat et de l’isolement », comme l’explique Charles-Édouard Vincent, créateur du site et entrepreneur social en série (il compte déjà à son actif le laboratoire d’innovation www.emmaus-defi.org).

Intelligence collective

Le digital sert aussi de fluidifiant aux idées. Actif dans le monde entier, le réseau Make Sense est utilisé par les entrepreneurs de l’économie positive pour affiner la pertinence de leur projet puis faciliter son lancement, par la mise en relation avec des réseaux nationaux d’aide aux projets.

Digital social & formation initiale

Mobilisant des tuteurs bénévoles issus de grandes entreprises, Passeport Avenir accompagne 4 000 étudiants chaque année, essentiellement issus de l’immigration et vivant dans des quartiers défavorisés. Ce tutorat, collectif ou individuel, développe leur ambition et augmente leur taux de réussite aux classes préparatoires, puis aux concours des grandes écoles.

Depuis mars 2015, ces jeunes disposent d’une plate-forme de formation en ligne. Neuf modules ont été développés spécifiquement sur le thème de l’entreprise, en y intégrant des vidéos et des présentations pratiques, afin de favoriser leur future insertion professionnelle.

Digital social & emploi

Décloisonner les recrutements, favoriser la diversité, faciliter l’obtention d’un emploi pour des personnes exclues du fait de leur manque de qualification ou de leur milieu social… Depuis 2013, la plate-forme de la Fondation FACE a permis à 3400 jeunes de réaliser un CV vidéo. Avec plus de 280 entreprises recrutant sur  la plate-forme, le taux de sortie à + 6 mois est à 61%.

Comme le montrent ces différents cas de figure, le digital social agit en cercle vertueux, fluidifant la mise en relation entre l’expression d’un besoin social et sa résolution, animant des communautés d’intérêt public, servant la société en se servant du liant numérique. Et ce n’est qu’un début…

***

Pour aller plus loin : Le numérique au service de l’économie sociale et solidaire (Le Monde, 19/06/2015)