Densité numérique : un potentiel de plus de 100 milliards d’euros annuels pour la France

La maturité digitale d’un pays est un levier de croissance. Une hausse de 10 points de la densité numérique entraînerait une augmentation de 0,25 % du PIB en Europe. Nos services publics sauront-ils saisir cette opportunité ?

Récemment dévoilé, l’indice de densité digitale* confirme ce que pressentaient nombre d’experts et d’économistes : l’utilisation croissante des technologies numériques stimule l’innovation et la productivité, et peut générer 825 milliards d’euros de revenus supplémentaires dans l’Union européenne d’ici 2020, dont plus de 50 pour la France chaque année. En complément, la transformation numérique des administrations peut permettre d’économiser plus de 50 milliards d’euros annuels.

Convergence d’actions

Ni les administrations, ni les entreprises ne parviendront seules à stimuler la richesse digitale en France. La croissance numérique nécessite en effet la convergence des efforts entre secteur privé et public, mais aussi une harmonisation des politiques fiscales et réglementaires européennes. L’augmentation de la densité numérique des services publics est donc cruciale pour la croissance de la France.

Pour accomplir cette nécessaire transformation, l’État français pourrait s’inspirer d’exemples réussis de la digitalisation des relations avec les citoyens et les entreprises, menés à Singapour, aux Émirats Arabes Unis, en Norvège. La récente visite d’étudiants de l’ENA au sein d’un incubateur parisien est aussi le signe positif que le décloisonnement des mentalités est à l’œuvre chez les futurs hauts fonctionnaires.

Car une telle évolution des pratiques demande au préalable un changement dans les modèles de pensée, les compétences et les formes de travail, et ce à tous les niveaux des administrations, pour répondre à la demande des citoyens et des entreprises.

Facteurs de succès

Les organisations publiques en France ont une chance historique de réussir leur transformation numérique, à condition de jouer d’un double levier : rationaliser par la technologie, et surtout innover par des services publics digitalisés, qui créent un effet d’entraînement auprès des entrepreneurs, des administrés et des agents de la fonction publique. Il s’agit également de passer d’une culture de dépenses de fonctionnement à une logique de budgets d’investissement focalisés, qui soutiennent la transformation numérique de l’Etat et l’amélioration des services rendus.

Gouvernement en tant que service

Au-delà de la simplification, le numérique agit en liant et fluidifiant. Il fournit de nouveaux services en redistribuant les rôles entre contributeurs (citoyens, associations, entreprises, administrations). Par exemple, créer une carte d’identité numérique qui offre un accès personnalisé aux services publics chez une variété d’acteurs et plus seulement aux guichets des administrations.

Cette « nouvelle vague » d’administration numérique bénéficie de l’élan actuel incarné par les plans stratégiques d’investissement, les pôles de compétitivité et des initiatives tournées vers l’international telles que la French Tech. La volonté de la Commission européenne de créer un marché unique du numérique va aussi dans ce sens.

Ainsi, en combinant la transformation digitale des  services publics et des choix politiques sur l’action publique — qui représente 57 % du PIB de la France — il est possible de réduire ou de réallouer plus de 10 % des 1 200 milliards d’euros de dépenses publiques réalisées chaque année. Le jeu en vaut la chandelle ! Sommes-nous prêts à le jouer ?

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Indice de densité numérique Bernard Le Masson Accenture